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«Disposer d’une captive représente un vrai intérêt stratégique"

Cybercriminalité, dommages, réputation… Le nombre de risques auxquels sont exposées les entreprises aujourd’hui n’a jamais été aussi élevé.
 
Parmi les outils à la disposition des risk managers pour les contrer, il existe notamment la «captive». Il s’agit d’une société de réassurance, filiale d’un groupe industriel ou commercial, qui a pour vocation d’assurer les risques de sa maison mère. Quels sont les avantages offerts par ce type d’outil ? Les obstacles à prendre en compte lors de sa mise en place ? Explications de Yannick Zigmann, Directeur Général de la société Risk & Reinsurance Solutions (2RS), numéro trois du marché des captives en Europe continentale.

Quelle est l’utilité d’une société captive ?

Dans chaque entreprise, il existe une série de risques qui représentent un impact financier important, mais qui ne peuvent pas nécessairement être transférés au marché de l’assurance. D’où l’idée de créer une société de réassurance. Pourquoi parle-t-on de réassurance ? Parce que la réassurance est plus souple que l’assurance. Il s’agit de sous-traiter l’administration de cette filiale à un «captive manager» qui va mettre à disposition l’ensemble des outils nécessaires à la vie de cette entreprise, qu’il s’agisse des aspects administratifs, comptables ou liés aux questions techniques d’assurance.

Aperçu

2RS

La société Risk &  Reinsurance Solutions (2RS) gère à l’heure actuelle une cinquantaine de captives dans son portefeuille, ce qui la place en troisième position sur le marché en Europe continentale. En plus de son siège basé à Luxembourg, 2RS compte deux filiales, implantées à Zurich et à Malte, ainsi qu’un réseau qui lui permet d’être représentée sur les principaux lieux d’activité du secteur. Partenaire de Siaci Saint Honoré, un des leaders français en matière de conseil en risques industriels, 2RS fait partie du Groupe LCF Rothschild.

Quels types de risques permet-elle  d’assurer ?

Ils sont de trois ordres. Premièrement, les risques assurés, soit ceux pour lesquels le gestionnaire de la captive va vérifier s’il peut faire mieux que le marché et déterminer un seuil à partir duquel cela a du sens de prendre à sa charge certains de ces risques assurés.
 
Ensuite, il y a les risques non assurés, pour lesquels il existe des produits que l’on peut considérer en fonction des besoins du client, pas au premier franc, mais à un certain niveau. Prenez le cas du risque crédit : une entreprise connaît bien 80% de ses clients, et aimerait s’assurer uniquement pour les 20% restants. En mettant en place une captive, l’entreprise peut s’auto-assurer contre le risque réel posé par ses petits clients, et acheter une protection excédentaire sur le marché, à un prix plutôt bas.
 
Enfin, il y a les risques non assurables, comme les problèmes liés à la fraude ou à l’image de marque. Pour vous donner un exemple concret, nous avons créé récemment une captive pour une société opérant dans le secteur logistique, et qui doit organiser ses entrepôts en fonction des besoins de ses clients. Le départ de l’un d’eux peut impliquer un risque très important, notamment en termes de coûts de réorganisation, pour lequel il n’existe tout simplement pas de police sur le marché. C’est le genre de situations pour lesquelles nous bâtissons des solutions sur mesure, en collaboration avec le risk manager ou le CFO de l’entreprise.

 

 
L'immobilisation d'une flotte d'appareils sur un tarmac : un exemple de risque particulier qu'un captive permet de couvrir.

A qui s’adresse ce type d’outil ?

Pour mettre en place une captive, il faut un chiffre d’affaires d’au moins 100 millions de francs, et que l’entreprise en question fasse des bénéfices. Car une société qui est aux abois aura plutôt tendance à acheter le maximum d’assurances, et n’aura pas les moyens de créer son propre véhicule. Parmi nos clients, on compte principalement des grandes sociétés familiales et des entreprises mid-cap, actives dans l’énergie, l’aviation ou les chemins de fer.

 

La captive de réassurance est souvent perçue comme un outil purement fiscal. Est-ce que cette appréciation est justifiée ?

Non, d’ailleurs dans les pays où nous sommes présents, soit le Luxembourg, la Suisse et Malte, les autorités ne voient pas les captives comme des solutions d’optimisation fiscale. C’est un vrai outil de risk management qui permet d’identifier la réserve que l’on va allouer pour payer un sinistre et ce à des conditions fiscalement intéressantes. Si vous mettez un million de côté, sur cinq ans et que vous avez un sinistre, vous pourrez débourser ce million, alors que si vous mettez la même somme dans vos comptes, avec un impôt de 20%, il ne vous en restera que 80%. Alors certes il y a cet avantage fiscal, mais c’est lié à des règles de provision techniques d’assurance. Il est vrai que le sujet des captives est aussi un peu secret parce qu’il s’agit d’un outil stratégique qui a pour vocation de régler des sinistres et de protéger le bilan de l’entreprise. Une entreprise qui s’est dotée d’un tel véhicule n’a pas forcément envie de communiquer à ses concurrents les armes dont elle dispose.

 

Quels sont les principaux avantages liés à la mise en place d’une captive ?

Le premier avantage, c’est d’apparaître comme un partenaire vis-à-vis de l’assureur. Cela vous permet de travailler sur le long terme avec ce dernier, tout en pesant sur les tarifs. Mais lorsque vous avez une captive, la discussion que vous avez avec votre assureur ne se limite pas aux prix, elle garantit aussi de pouvoir choisir son partenaire en fonction de la qualité de ses services. Un autre avantage, c’est que vous allez bénéficier des performances du risk management pour faire des provisions, et ainsi financer des risques que vous ne pouviez pas vous payer auparavant. Enfin, la mise en place d’une captive permet aussi aux gens en charge de la gestion des risques d’avoir un autre poids au sein de l’entreprise. Disposer d’une captive représente un vrai intérêt stratégique. Dans certains cas, elle permet même de soutenir le développement commercial de l’entreprise. Pour un de nos clients actifs dans le commerce de détail, nous avons ainsi imaginé une série de garanties à vendre à leurs clients. D’un outil de gestion des risques, on passe à un accélérateur de vente de leurs produits.

 

Et quels en sont les inconvénients ? Le fait de devoir immobiliser des fonds ?

Non, car vous allez pouvoir en partie gérer ces fonds sous forme de prêts intra-groupe, il y a une certaine souplesse là-dessus. Donc je ne sais pas s’il y a vraiment des inconvénients, mais il est vrai qu’il s’agit d’une autre forme de gestion des risques. Cela implique de changer ses habitudes. Il y a aussi l’aspect lié à l’image de la captive, qui est associée au secret des affaires, aux paradis fiscaux. Prenez une entreprise française comme EDF, qui a dû créer une captive comme l’ensemble de ses concurrents actifs dans le nucléaire, tout simplement parce que la capacité n’existe pas sur le marché. Cela a fait un scandale lorsque les médias ont parlé de sa captive au Luxembourg, alors qu’il s’agit en fin de compte d’une saine gestion des risques.

 

Quel est l’état du marché des captives à l’heure actuelle ? Comment va-t-il évoluer ?

Entre 2008 et 2012, nous avons senti que les captives se développaient à un rythme moins soutenu, car avec la crise financière les maisons mères avaient besoin de plus de liquidités. Mais je constate aujourd’hui un vrai regain d’intérêt. Depuis deux ans, nous comptons trois créations de captives par an, alors qu’auparavant nous en avions une seule. Mes confrères observent à peu près le même rythme. C’est beaucoup, car dans le monde de l’assurance, nous occupons un peu une position d’artisan. Donc il y a une vraie reprise de création sur des risques non assurés ou non assurables, avec des sociétés plus petites aussi.

 

 

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Yannick Zigmann
Directeur Général - Risk & Reinsurance Solutions (2RS)
Article publié en août 2016

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