Article Prévoyance

La revue des marchés

Perspectives 2018 : on continue sur la lancée !

  • La croissance s’installe dans le monde entier et reste synchronisée. L‘OCDE table sur une croissance à 3,7 % puis en léger repli en 2019. La baisse de l’impôt sur les sociétés devrait profiter aux marges des entreprises américaines et au marché des actions US (52 % de la capitalisation mondiale). Toutefois, une réforme fiscale plus intéressante à long terme aurait plutôt consisté à inciter ces mêmes entreprises à investir.
  • Les taux d’intérêt à court terme sont très bas, voire négatifs, actuellement dans la plupart des grandes économies développées. Il n’y a pas vraiment de pente entre 15 et 30 ans et au-delà. La Fed et la BCE sont à la manœuvre et la nouvelle équipe de la Fed, même républicaine, restera très pragmatique. A force de pousser les acteurs économiques à investir aujourd’hui en offrant des taux très bas, les banques centrales ont déprécié le futur par rapport à aujourd’hui. C’est la revalorisation de ce futur que les banques centrales vont gérer en douceur à partir de 2018.
 
 
  • Au-delà de la pentification de la courbe, le verdissement des émissions obligataires va aussi se poursuivre. En 2017, environ 125 Mds USD d’obligations vertes ont été émises, soit 40% de plus qu’en 2016. Les prévisions optimistes pour 2018 tablent sur 180 Mds USD d’émissions qui rencontreront toujours une forte demande des institutionnels souhaitant verdir leur portefeuille.
 
 
  • L’inflation reste contenue. Aux Etats-Unis, la hausse de la productivité n’est toujours pas au rendez-vous. Il n’y a donc aucune raison d’augmenter les salaires. Comme dans le reste des économies développées, la population est vieillissante (effet de base sur le plein emploi américain). Celle-ci s’endette moins et reste beaucoup plus vigilante sur les prix des biens de consommation courante. De plus, l’exploitation marchande des « big data » va de plus en plus profiler le mix offre/prix par consommateur individuel. D’une donnée collective l’inflation va devenir davantage individualisée dans les années à venir et de moins en moins servir de référence.
  • Plus technique : liquidité et gestion indicielle. L’essor de la gestion indicielle ne se dément pas. Les ETF ont en effet collecté plus de 1700 bn USD en 10 ans (le graphique ci-dessous illustre cette tendance : en bleu foncé la croissance des ETF au détriment de la gestion dite active en gris). L’explosion des encours de cette gestion très pratique et bon marché nous pousse à la vigilance. Avec cette gestion grande consommatrice de collatéral, le risque viendra quand la liquidité de ce collatéral diminuera (avec une hausse des taux) ou quand sa valorisation deviendra compliquée (lorsqu’il n’y a pas que du cash ou des Govies dans ce collatéral). Il faudra en particulier gérer le hiatus de certains ETF qui offrent une liquidité sur des marchés ou des indices, qui eux, ne sont pas liquides. Attention alors aux forts écartements de prix bid/ask, quand tous les porteurs seront massivement dans le même sens, à la vente. Le collatéral, c’est un peu la partie immergée de l’iceberg de la gestion indicielle.
 
  • Géopolitique
    • La complication britannique reste bien nommée, et en particulier pour les britanniques. Si la croissance s’est maintenue, tirée par le commerce extérieur nourri par la faiblesse de la livre, les retraités, eux, vont payer cher le Brexit en termes d’inflation. Il n’est pas certain que Theresa May parvienne à tenir sa courte majorité sur la ligne actuelle du Brexit, ce qui pourrait conduire à l’implosion pure et simple de son parti.
    • Le prix du pétrole relève largement du politique (66 USD/Brl contre 56 USD/Brl il y a un an : +18,5  % en USD…mais seulement +4,16  % payé en EUR). Il est dû à l’équilibre très instable entre l’offre, la demande qui reprend avec la croissance, la volonté des Saoudiens de conserver leur part de marché, la volonté inverse des Iraniens, la reprise de la production irakienne, la cours pivot de rentabilité du gaz de schiste américain (40 USD ?) et la quasi disparition de la production vénézuélienne. Ce qui fait, même pour des actuaires, beaucoup d’inconnues pour une équation ! En ce moment, les cours « forward » sont inférieurs au cours « spot ». Le pétrole à terme est moins cher que le pétrole aujourd’hui : une situation assez rare, dite de « backwardation » et qui peut s’inverser très vite.
    • Il n’est pas exclu que la Chine et la Russie règlent, si besoin par la force, le sujet de la Corée du Nord. La raison : éviter absolument que les Américains ne le fassent et ne les prennent de court sur la péninsule coréenne qui ouvre à l’ouest sur la mer Jaune et sur le port de Tianjin, et à l’est sur le port stratégique de Vladivostok.
    • Le risque de terrorisme diffus reste maximum. Avec la dislocation du groupe terroriste EI les combattants occidentaux cherchent à regagner leur pays d’origine.
  • La croissance de la Chine devrait être encore supérieure à 6,5 % portée par les exportations et, simultanément, par la demande intérieure qui commence à bien prendre le relais des dépenses publiques d’infrastructures.
  • Avec le changement de présidence à la BCE en 2019, nous allons commencer à observer les mouvements des uns et des autres. Hélène Rey et Christine Lagarde pourraient être éligibles à ce poste. Voir une femme accéder à ce poste aurait l’avantage de la saine nouveauté, mais leur nationalité française est évidemment un énorme défaut pour pour remporter l’élection ! Même si la première est « un peu Anglaise » (professeur à la LSE) et la seconde « un peu Américaine » ayant débuté sa carrière à Chicago...
  • N’en déplaise aux Cassandre, il n’y a donc pas vraiment de raison technique pour que les marchés financiers ne restent pas bien orientés en 2018. La valeur temps devrait commencer à se réapprécier dans la courbe des taux par un mouvement très piloté par les banques centrales.
  • Et la Suisse ? Du mieux. Ci-dessous, les perspectives chiffrées du SECO qui montrent l’accélération de la croissance, la réduction de la cherté du franc, mais pas d’amélioration sur le front des taux courts avant 2019.
     
     
 
Très bonne année à tous !
 
 
Sources de lecture : Natixis GAM, AXA IM, Schroders Inv Ltd, JPMorgan AM, Goldman Sachs AM, Pictet AM, Russel Inv, HSBC AM, Amundi, PIMCO, SECO. Nous remercions ces établissements pour leurs nombreuses publications.

Nos auteurs

Sébastien Brocard
Sébastien Brocard
Actuariat et Investissement
Article publié en janvier 2018

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