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 La situation des assurés actifs s'est améliorée mais pas équilibrée

Le maintien du taux de conversion de la LPP obligatoire à 6,8% crée de nombreux problèmes après l’adaptation d’autres paramètres comme notamment le taux technique.

La rémunération plus généreuse que d’habitude des assurés actifs du deuxième pilier en 2017 est essentiellement due à la très bonne performance des portefeuilles de placement. Le fait qu’elle ait même été supérieure à celle des rentiers ne va très probablement pas se répéter cette année. Pour que cela se reproduise, il faudrait une nouvelle fois une année excellente pour le troisième contributeur.

Progrès réalisés dans l’adaptation des paramètres

Selon l’analyse de Sébastien Brocard, expert de Swiss Risk & Care et directeur des investissements et du contrôle des risques de la fondation collective Opsion, ce rétablissement ce qui était autrefois l’état normal témoigne tout de même des progrès accomplis dans l’adaptation des paramètres à la nouvelle réalité. Que ce soit du point de vue de l’évolution démographique ou des taux et des rendements sur les marchés. «Globalement, dans le système, les mesures prises vont dans le sens d’une meilleure répartition entre les assurés actifs et les retraités, et favorisent donc les premiers», résume-t-il.
 
La différence entre la performance réalisée de 7,6-7,7% et les intérêts servis aux assurés actifs (2,25% en moyenne selon PPCmetrics) met d’ailleurs en évidence que les coûts de constitution des provisions techniques ne peuvent pas seuls expliquer l’écart. «Les intérêts effectivement versés dépendent aussi des réserves de fluctuation de valeur d’une caisse», selon Sébastien Brocard.
 
Ce n’est que maintenant que les caisses retrouvent une situation un tant soit peu confortable, notamment grâce au fait d’avoir pu allouer une partie de la performance 2017 aux réserves. Selon l’étude Swisscanto, 59% des caisses disposent désormais d’une réserve supérieure à 75% de leur cible.

La redistribution pour les rentiers reste importante

Il y a néanmoins encore beaucoup de chemin à parcourir. «Si l’on se base sur un taux d’intérêt technique moyen d’environ 2% des caisses de pension, les taux de conversion actuariellement corrects seraient de 5,16% pour les hommes et de 5,32% pour les femmes arrivant à l’âge de retraite. Avec un taux de conversion moyen de 5,9%, bien qu’il ne cesse de diminuer, la redistribution en faveur des rentiers est encore importante, constate Sébastien Brocard. Pour un homme de 65 ans prenant sa retraite aujourd’hui avec un avoir de 500.000 francs, la perte pour une caisse de pension ayant ce taux-là est de 72.000 francs, soit 14,3% de son avoir.»
 
Toute la portée des problèmes engendrés par le maintien du taux de conversion de la LPP obligatoire à 6,8% apparaît avec le rappel d’un principe de base: «si une caisse baisse son taux technique, il est inévitable qu’elle diminue aussi son taux de conversion. Au cas contraire, la perte technique augmente, et il lui faudra tout de même financer les départs à la retraite. Dans ce contexte, les plans enveloppants représentent encore la meilleure solution en termes de solidarité. Je rappelle que notamment les fondations collectives d’assureurs pratiquent le splitting, soit une séparation entre l’obligatoire et le surobligatoire. Ce modèle a pour conséquence que les autres clients paient pour ceux qui sont proches du minimum LPP.»

Le rapport entre actifs et rentiers est essentiel

L’expert insiste aussi sur un autre principe, que même certains représentants du milieu ne respectent pas toujours dans leur communication. Les paramètres chiffrés – taux de couverture, taux de conversion, taux technique – n’ont aucune signification s’ils ne sont pas mis dans le contexte du rapport entre actifs et retraités au sein d’une caisse. «Chaque caisse a sa propre situation. Si l’une d’entre elles affiche un taux technique de 2,25%, donc plus élevé que la moyenne, cela n’est pas très grave si elle n’a pas beaucoup de rentiers, ce qui signifie que les effets de solidarité y sont limités.»
 
De là à conclure que certaines caisses ou fondations collectives cherchent à maintenir des paramètres plus généreux en limitant leur part de retraités, il n’y a qu’un pas.
«La volonté de maintenir des taux de conversion attrayants est effectivement un problème, car il faut alors sélectionner un peu plus les contrats que vous prenez», souligne Sébastien Brocard. La «chasse aux bons risques», si souvent évoquée dans le domaine de l’assurance-maladie, notamment pour empêcher cette pratique, existe aussi dans le fonctionnement actuel du deuxième pilier.

La création de caisses de rentiers n’est pas bien vue

Faut-il donc créer des caisses séparées pour les rentiers? «Il ne faut pas oublier que le lien entre l’entreprise fondatrice et ses rentiers n’est pas coupé pour autant. Quant aux autorités de surveillance, elles suivent ces démarches de près et ne les voient pas d’un bon œil. C’est donc très difficile à mettre en place.
 
De plus, les rentiers sont repris en général à des taux d’intérêt techniques beaucoup plus pas que celui de l’actuelle institution de prévoyance, et peu d’employeurs disposent des moyens nécessaires pour financer le coût qui en résulte afin d’éviter une dégradation du degré de couverture de leur institution.

Notre expert

Sébastien Brocard
Sébastien Brocard
Responsable des investissements

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